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Une vision à long terme est la clé vers un hôpital neutre en CO2

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L’Europe a pour ambition de devenir neutre en CO2 d’ici 2050. En matière de construction hospitalière, cela représente des défis spécifiques, car un hôpital est intrinsèquement un grand utilisateur d’énergie. À ce jour, en Belgique, nous ne sommes pas très bons dans ce domaine et la capacité installée d’énergie renouvelable fluctue entre 3 et 4%. Quels sont les plus gros obstacles ? Mais surtout : que devons-nous faire pour atteindre ces objectifs ?

Le budget et la technologie nous bloquent

Simon Ossieur, ingénieur-architecte chez VK Architects & Engineers nous a expliqué son positionnement et sa vision lors de la journée Pixii Expert Day. Selon lui, d’importants obstacles existent encore dans le domaine de la construction hospitalière, qui nous empêcheront d’atteindre ces objectifs d’ici 2050. Pour de telles missions, il faut travailler dans le cadre d’un appel d’offres public. « Ce qui signifie que, par définition, nous accusons un retard d’au moins 10 à 15 années en matière de développement des technologies. »

« De plus, le budget est souvent un problème. Ces dernières années, le budget a été énormément sollicité et la pression exercée par le maître d’ouvrage et/ou le gouvernement pour réduire les coûts de construction ne cesse de croître. Ce que l’on oublie pourtant, c’est que cela nous obligera à faire de très lourds investissements d’ici 2050 pour atteindre les objectifs, même dans les hôpitaux que nous sommes en train de réaliser ou de concevoir. »

Mais le gouvernement joue également un rôle crucial dans la réalisation des objectifs. Selon Simon Ossieur, il y a un manque total de politique gouvernementale crédible. « La transition d’un hôpital chauffé avec des combustibles fossiles vers un hôpital entièrement chauffé et refroidi électriquement est une chose. Faire en sorte que la consommation d’électricité puisse être maîtrisée en est une autre. Pour l’instant, nous ne pouvons pas convaincre les directions d’hôpitaux de procéder à cette transition si l’approvisionnement en électricité est déjà compromis aujourd’hui. »

Une vision à long terme dans le domaine des énergies renouvelables

Le gouvernement doit donc avoir une vision claire de l’intégration des énergies renouvelables dans la construction d’hôpitaux. « Aux Pays-Bas, par exemple, il a été décidé cet été de ne plus autoriser les raccordements au gaz des logements neufs à partir du 1er juillet. Tous les logements deviennent électriques. L’accent est mis notamment sur l’expansion des smart grids, la production d’électricité verte et la production décentralisée d’électricité. »

« C’est le genre de politique dont nous avons besoin en Belgique, mais s’il n’y a pas d’audace, nous continuerons à faire du sur place », déclare Simon Ossieur. « Un bon exemple est la conception d’un nouvel hôpital où nous avions proposé l’intégration de l’énergie géothermique profonde. Le coût des forages d’essai variait entre 4 et 5 millions d’euros. Cette piste a été immédiatement écartée. C’est un problème que nous connaissons dans tous nos projets. Mais imaginez : nous aurions pu chauffer et refroidir complètement un hôpital grâce à la géothermie. »

La mentalité dans les directions d’hôpitaux doit changer

Le gouvernement n’est pas le seul acteur capable de contribuer à la réalisation des objectifs. Les directions d’hôpitaux doivent également réfléchir plus loin que le bout de leur nez. « Actuellement, on ne voit pas plus loin que vingt ans, en fonction des coûts de construction et du budget total. Mais si l’on considère l’investissement, qui peut atteindre 300 millions d’euros, on s’attend à ce qu’une vision soit développée pour les 50 ou 60 prochaines années », poursuit Simon Ossieur.

En d’autres termes, il faut laisser aux directions d’hôpitaux le temps d’adopter une vision à long terme, non seulement pour leurs besoins spatiaux, mais également pour leurs besoins énergétiques. C’est seulement comme cela que les ressources de fonctionnement du budget total pourront être utilisées efficacement, dans le contexte des hôpitaux neutres en CO2. « Nous constatons souvent que les directions ne comprennent pas encore le point « énergie renouvelable » dans un plan directeur. C’est pourtant évident : tout investissement pour 2050 qui ne comporterait pas d’énergie renouvelable sera annulé. Si nous voulons construire de manière neutre en CO2, tout le monde doit prendre le train des énergies renouvelables. Cela deviendra dès lors aussi abordable pour tous. »

Cela signifie également que nous ne pouvons pas continuer à maintenir le concept de retour sur investissement, explique Simon Ossieur. « Trop souvent, une période trop longue de retour sur investissement est utilisée pour ne pas réaliser d’investissement. »

Défis techniques

Emmener la politique dans cette histoire est certainement un problème. Mais d’ici 2050, il faut aussi prendre en compte de nombreux aspects techniques. « Nous travaillons actuellement dans le mauvais sens. Nous installons une centrale de cogénération, du stockage géothermique, mais nous n’empêchons pas l’énergie de s’échapper du bâtiment. Et c’est l’énergie avec laquelle rien n’est fait », explique l’architecte. Il trouve la cogénération complètement dépassée en matière de renouvelabilité. Une centrale de cogénération est surtout intéressante grâce à la différence de prix entre le kWh d’électricité et le kWh de gaz dans une grande partie de l’Europe.

Nous devons regarder les choses différemment. Tout deviendra complètement électrique, c’est incontestable. « Mais il y a beaucoup de déchets d’énergie dans les hôpitaux. L’eau chaude sanitaire, par exemple. Cette eau se réchauffe pendant son séjour dans le bâtiment et nous l’évacuons dans les égouts. L’Air : un hôpital de 600 à 700 lits souffle environ 500 000 m³ / h d’air de ventilation. Même avec la récupération de chaleur dans les groupes d’air, il reste beaucoup d’énergie résiduelle. On ne fait rien avec. » De nombreux autres exemples existent, les compresseurs produisent de la chaleur, les évaporateurs de gaz médicaux produisent du froid, etc.

Il faut chercher des moyens d’intégrer les différents flux d’énergie dans un hôpital. Un hôpital doit d’abord être extrêmement efficace à ce niveau. C’est alors seulement que l’énergie renouvelable peut être installée, sous la forme par exemple de pompes à chaleur. « Nous devons d’abord traiter la base, le reste suivra. »

Simon est conscient qu’il soulève un certain nombre de tabous. Et bien que VK Architects & Engineers, comme tous les acteurs du processus de construction, doive se conformer au cadre et aux budgets existants, il ne veut pas manquer l’occasion de donner un signal afin d’aider, en tant que partenaire du maître d’ouvrage et du gouvernement, à trouver la bonne trajectoire vers une Europe neutre en CO2.

Publié le
15/01/2019
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